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5 clichés sur les couples interculturels en France: vrai ou faux?

21/02/2014

Business Talks

1.     Les mariages interculturels sont en constante augmentation en France.

(Probablement) FAUX. Tout d’abord, il n’y a aucune statistique sur les mariages interculturels au sens large du terme car il est difficile, voire impossible de délimiter ce qu’ils sont et ce qu’ils représentent. Chacun y va de sa définition. Les seules statistiques officielles disponibles sont celles des couples mixtes, c’est-à-dire des couples franco-étrangers. Ces statistiques sont toutefois à relativiser car elles concernent seulement une partie des couples interculturels (ceux dont la nationalité diffère), et elles sont limitées au territoire national (ne sont pas pris en compte les mariages dans les ambassades ou consulats). Toutefois, les statistiques nationales montrent que s’ il y eu une augmentation considérable des mariages mixtes entre 1946 (5,9%) et 2010 (12,2%), il y a eu aussi une diminution quasi-constante de ces mariages depuis 2003 où un seuil semblait avoir été atteint (17%). Depuis, le nombre des mariages mixtes selon la définition et le champ retenus par l’INED régresse presque chaque année : 17% (2003), 15,7% (2004), 15,4% (2005), 14,3% (2006), 13,4% (2007), 12,7% (2008), 12,9% (2009), 12,2% (2010).[1]

2.     Les mariages interculturels en France concernent surtout des mariages entre des français et des personnes d’origine maghrébine.

FAUX… et VRAI. Il faut être particulièrement prudent à ne pas faire trop rapidement des généralisations. Les mariages mixtes étant soumis à l’évolution des flux migratoires en France, il est alors évident qu’ils « touchent prioritairement les communautés d’étrangers les plus importantes, mais aussi les plus anciennement implantées : rien de surprenant donc à la domination de l’Europe du Sud et du Maghreb parmi les aires d’origine des conjoints étrangers »[2]  Les pays d’origine des conjoints étrangers varient en fonction de la vague migratoire du moment. En simplifiant, s’il fallait décrire en plusieurs étapes le phénomène des mariages mixtes en France, la première aurait été entre français et européens, particulièrement des conjoints originaires d’Espagne, du Portugal ou encore d’Italie. Dans un deuxième et troisième temps, les mariages mixtes concernent principalement jusqu’à aujourd’hui encore des personnes originaires du Maghreb et d’Afrique. A quoi ressembleront les mariages mixtes de demain et d’après-demain ? Il semble qu’il y ait une amorce de mariages mixtes entre français et conjoints originaires d’Asie mais aucune étude précise n’a réellement été entreprise à ce jour pour déterminer leur nombre et l’impact qu’ils auront sur la société.

3.     Les mariages interculturels sont tellement complexes au quotidien, qu’un mariage interculturel a deux fois plus de chances de divorcer qu’un couple français.

FAUX. En France, presque un mariage sur deux entre français se termine par un divorce (46,2% en 2010).[3] Il est certain qu’un mariage interculturel peut être complexe car il nécessitera des ajustements importants de la part des deux époux. Cette recherche de l’harmonie à travers les différences de deux personnes est délicate, parfois difficile à vivre car les plus grands changements pèsent souvent plus sur le conjoint étranger qui doit démontrer qu’il est un « bon conjoint », digne de ce nom au regard de toute la belle famille française, qu’il est apte à s’intégrer dans une communauté et dans une société à laquelle il n’appartient souvent pas en se soumettant à des normes culturelles qui lui sont imposées.[4] Les attentes culturelles sont très lourdes, parfois irréalistes et créent tensions et stress dans le mariage. Cette crainte du divorce au sein des couples mixtes est renforcée par l’exposition médiatique d’enfants issus de ces couples « enlevés » à un de leur parent. Ces cas « extrêmes » renforcent-ils l’idée populaire que la potentialité d’un divorce au sein d’un mariage mixte est plus grande que lors d’un mariage entre deux français ? Idée populaire ne signifie pas forcément vérité scientifique. Il est très difficile d’étudier le divorce au sein des couples mixtes ou interculturels. En effet, même si les statistiques sur le divorce et la naturalisation existent, l’exactitude du nombre de couples mixtes qui divorcent est impossible à établir. Lorsqu’un époux étranger acquiert la nationalité française, sa nationalité d’origine est effacée des registres de l’administration. Plus précisément, lorsqu’un couple mixte divorce, aucune mention de la nationalité n’est présente – il ne s’agit pas alors d’un couple mixte qui divorce mais d’un couple français qui se sépare.[5] Dans ces conditions, il est impossible d’avoir le taux précis des divorces  des mariages mixtes ou interculturels. Deux chercheurs ont cependant entrepris une étude détaillée sur le sujet, ceci malgré les difficultés précédemment mentionnées. Leurs conclusions sont que les mariages mixtes ne semblaient pas être particulièrement plus fragiles ou précaires que les autres mariages contrairement à l’idée généralement perçue. Leurs statistiques montraient que les couples mixtes suivaient l’évolution nationale des divorces, en divorçant légèrement plus que la moyenne nationale mais jamais dans des proportions exagérées. Ils ont aussi mis en évidence que le divorce entre un français et un européen était moins fréquent qu’entre une personne française et une autre originaire du Maghreb ou de l’Afrique, peut-être parce que la différence culturelle et religieuse est moindre.[6] En conclusion, l’idée qu’un mariage mixte ou interculturel se termine inévitablement par un divorce est fausse, celle que les couples interculturels divorcent beaucoup plus que des couples français aussi. L’étude détaillée de Neyrand et M’Sili portant sur une vingtaine d’années montre bien que les couples mixtes ne divorcent pas tellement plus que le reste de la population en France. Il est difficile d’affirmer que ces couples divorceraient à cause de leur « mixité », ce concept étant scientifiquement difficilement définissable.

4.     La ville est le lieu de rencontre par excellence des couples mixtes

VRAI. Si la ville est un lieu de passage pour certains, elle est aussi un lieu où l’on s’installe pour d’autres. La ville a toujours été un carrefour de rencontres. Depuis l’Antiquité c’est un lieu d’échange commercial, culturel, et intellectuel. La ville est un lieu dans lequel des individus maintiennent comme ils peuvent leur attachement à leur groupe et culture d’origine, ou, au contraire, utilisent la liberté et l’individualisme que la ville peut offrir pour s’en détacher. C’est dans la diversité des opportunités que la ville offre que des relations amoureuses avec un étranger peuvent passer plus inaperçues, ou au moins, être moins critiquées. Abdelhafid Hammouche écrit : « Il n’y a pas de couples mixtes s’il n’y a pas en parallèle une mixité urbaine qui permet aux habitants de se rencontrer et à des couples de se former en suivant des circuits plus ou moins balisés, mais qui ne sont jamais aléatoires. »[7]

5.     Les mariages interculturels sont souvent des mariages « blancs » ou « gris. »

FAUX. Les mariages blancs ont été significatifs dans l’imaginaire social dans les années 90, mais ne l’ont pas été statistiquement : ils n’ont, selon l’étude exhaustive de Gérard Neyrand représenté qu’entre 2 % et 3 % des unions franco- étrangères.[8] Si l’on ne parle plus guère de « mariages blancs » le Ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire avait pris position contre ce qui semblait être un nouveau phénomène : les « mariages gris ». Ces mariages seraient différents des « mariages blancs » car basés sur la tromperie de l’un des époux envers l’autre, souvent par la séduction. L’un des époux serait sincère dans la formation de son couple alors que l’autre ne le serait pas. Les époux, dans ce cas, ne se mettront pas d’accord en toute connaissance de cause comme dans le cas des « mariages blancs» mais, au contraire, l’un  abusera de l’autre pour obtenir un statut officiel ou des avantages personnels. Il y a, dans ce cas, non seulement atteinte à l’institution du mariage, mais aussi, élément nouveau, abus de faiblesse. Alors que les « mariages blancs » sont sanctionnés, un vide juridique existe actuellement en ce qui concerne « les mariages gris » que l’ancien ministre, Eric Besson, souhaitait combler :

«Les mariages mixtes enrichissent notre société. Ils constituent un puissant facteur de métissage de notre Nation. Mais notre générosité dans l’accueil de l’immigration ne doit pas être synonyme de naïveté. On ne peut pas à la fois se déclarer attaché à notre tradition républicaine et donner libre cours à tous les abus. Le développement du mariage mixte doit aller de pair avec la lutte contre le mariage de complaisance. Et les personnes abusées ne peuvent être considérées comme de simples victimes collatérales de notre tradition d’ouverture aux flux migratoires. On ne peut pas à la fois défendre le mariage mixte, et en accepter le dévoiement. »[9]

Alors que l’existence des mariages gris n’est pas à remettre en question, leur réel impact, lui,  peut-être mis en doute comme l’était auparavant celle des mariages blancs. Un article dans le journal Le Parisien du 2 Février 2012 titrait : « Des milliers de personnes s’estiment victimes de ces « escroqueries aux sentiments » grâce auxquelles des étrangers obtiennent la nationalité française. Les tribunaux sont saisis d’un nombre croissant de plaintes. »[10] Mais de combien de personnes parle-t-on réellement ? Combien de plaintes ont été concrètement déposées ? L’article ne le dira pas. Mystère, opacité mais l’imaginaire collectif est à nouveau touché et l’étranger stigmatisé. A ce jour, aucune statistique ou étude sur les mariages gris n’a été publiée.

MAINTENANT… C’est à vous dans les commentaires…

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[1] http://www.ined.fr/fr/france/mariages_divorces_pacs/mariages_mixtes/

[2] Gérard Neyrand and Marine M’Sili, Mariages mixtes et nationalité française: Les Français par mariage et leurs conjoints (Paris: Editions l’Harmattan, 1995). 139.

[3] http://www.ined.fr/fr/france/mariages_divorces_pacs/divorces/

[4] Augustin Barbara, Les couples mixtes, Edition augmentée ed. (Paris: Bayard Editions, 1993). 250.

[5] Gérard Neyrand and Marine M’Sili, Les couples mixtes et le divorce (Paris: L’Harmattan, 1996). 18.

[6] L’étude très détaillée du divorce chez les couples mixtes a été publiée chez L’Harmattan sous le titre Les couples mixtes et le divorce. (Gérard Neyrand et Marine M’Sili)

[7] Abdelhafid Hammouche, « Où se rencontrent-ils? Les couples mixtes et la ville, » Dialogue 139, (1998). 40.

[8] Neyrand and M’Sili, Les couples mixtes et le divorce. 141.

[9] « Eric Besson s’engage contre les ‘mariages gris’ « , ed. Ministère de l’immigration de l’intégration de l’identité nationale et du développement solidaire (Paris 2009).

[10] http://www.leparisien.fr/laparisienne/societe/la-grande-colere-des-victimes-de-mariages-gris-02-02-2012-1842165.php

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